Kenya: le vice-président Rigathi Gachagua destitué
C’est tard dans la nuit, que les sénateurs, ont reconnu Rigathi Gachagua, coupable de cinq charges sur les onze qui étaient retenues contre lui provoquant sa destitution, explique notre correspondante à Nairobi, Gaëlle Laleix. Il suffisait à la chambre haute de le déclarer coupable d’un chef d’accusation pour qu’il soit démis de ses fonctions.
Rigathi Gachagua, 59 ans, notamment accusé de corruption et abus de pouvoir, devient le premier vice-président écarté du pouvoir dans le cadre d’une telle procédure, prévue par la Constitution de 2010. Ce processus historique soulève des incertitudes au Kenya, considéré comme une démocratie stable dans une région instable.
Pour Aaron Cheruiyot, chef de la majorité présidentielle, c’était la seule issue : « Il n’y a pas d’autres remèdes que la destitution selon la Constitution pour soigner les maux politiques qui rongent la relation entre le président et son vice-président. En tant que serviteurs du peuple, le devoir nous appelle. »
Rigathi Gachagua a qualifié les accusations de « pure propagande » et de « complot visant à [le] chasser du pouvoir en raison d’autres considérations politiques ». Rigathi Gachagua était notamment accusé de détournements de fonds, de trafics d’influence et d’acquisitions frauduleuses d’hôtels et d’appartements.
Des saisines rejetées
Le vice-président a tenté de bloquer les débats et le vote au Sénat en justice, mais plusieurs saisines ont été rejetées. Il a néanmoins promis de se battre « jusqu’au bout » et de contester destitution en justice si elle était votée.
William Ruto avait choisi Rigathi Gachagua comme colistier pour la présidentielle de 2022, malgré sa réputation déjà sulfureuse, marquée par plusieurs accusations de corruption. Doté d’un solide réseau d’influence, notamment dans la région stratégique du Mont Kenya, cet ancien homme d’affaires a joué un rôle crucial dans la victoire de William Ruto face à son rival Raila Odinga (50,49% contre 48,85%).
Mais les relations entre les deux hommes à la tête de l’État se sont détériorées, notamment depuis un mouvement de contestation antigouvernementale qui a secoué le pays en juin et juillet. Les détracteurs du vice-président l’accusent de ne pas avoir soutenu le chef de l’État face aux manifestations qui demandaient sa démission. La répression de cette contestation a fait au moins 60 morts. Le mouvement s’est essoufflé, mais le ressentiment est toujours présent, et la crise actuelle au sommet de l’État est, pour de nombreux Kényans, un nouveau signe de déconnexion de la classe politique.
Le président William Ruto a désormais 14 jours pour présenter un nouveau vice-président, qui doit ensuite obtenir le vote de confiance du Parlement.



