Migration et proxénétisme : Comment les réseaux nigérians s’implantent au Bénin?

  • octobre 29, 2025
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Migration et proxénétisme : Comment les réseaux nigérians s’implantent au Bénin?

À Cotonou, Porto-Novo ou Parakou, la prostitution n’est plus seulement une affaire de bars et de trottoirs. Elle s’est digitalisée, transnationalisée et organisée autour de réseaux criminels. Derrière les apparences, des filières nigérianes, des “tanties” influentes et des forums WhatsApp alimentent un marché florissant, malgré les descentes de police et les sanctions prévues par la loi.

On peut affirmer sans se tromper que le Bénin compte des milliers de travailleuses du sexe d’origine étrangère. Les Nigérianes dominent ce marché, suivies des Togolaises et Ghanéennes. Ces femmes arrivent par la route Lagos-Cotonou, souvent recrutées par des réseaux transnationaux qui leur promettent un avenir meilleur. Mais la réalité est tout autre : exploitation, dépendance et parfois fétichisme pour les maintenir sous emprise.

« Je suis orpheline, je cherchais du boulot et un homme m’a proposé de rejoindre un réseau pour gagner de l’argent », raconte Vicky, une jeune Nigériane rencontrée à Godomé, dans la commune d’Abomey-Calavi. Au cœur de ce système, les “tanties”, anciennes prostituées devenues proxénètes. Elles recrutent des filles au Nigeria, organisent leur arrivée au Bénin et gèrent les maisons closes. Elles fixent les tarifs et prélèvent jusqu’à 30 % de commission sur chaque prestation. La digitalisation a bouleversé le commerce sexuel. Des forums fermés sur WhatsApp, Facebook et Tik Tok servent de vitrines pour les services sexuels. Conditions d’adhésion : frais d’inscription (≈ 2 100 FCFA), photo complète, respect des règles. Tarifs : 10 000 à 50 000 FCFA par prestation, avec commissions pour les administrateurs. Des micro-trottoirs, présentés comme des sondages sur les préférences sexuelles, sont en réalité des plateformes de mise en relation.

Le Bénin est devenu un pays de transit et de destination pour la traite des personnes. Les réseaux nigérians exploitent la route Lagos-Cotonou et sont liés à la cybercriminalité et au trafic de stupéfiants. Les autorités béninoises multiplient les opérations : Juillet 2025, Parakou : descentes dans les sites de prostitution (Kpébié, Don Bosco, Gah). Opération “Faucon pèlerin” : 260 suspects arrêtés, 210 ghettos démantelés, saisie de psychotropes et motos. En octobre 2025, 17 personnes ont été arrêtées à Parakou, dont 7 femmes identifiées comme cheffes de réseau. Certaines exploitaient des mineures, hébergées dans des hôtels. Malgré ces efforts, la digitalisation rend le phénomène difficile à contrôler.

La prostitution au Bénin pose des enjeux majeurs. Sur le plan sanitaire, la prévalence du VIH chez les travailleuses du sexe atteint 15,7 %, selon ONUSIDA (voir fiche pays). Côté sécurité, des réseaux criminels transnationaux infiltrent le pays, mêlant proxénétisme, cybercriminalité et trafic (Indice mondial du crime organisé). Enfin, la stigmatisation des prostituées et l’absence de programmes de réinsertion perpétuent la précarité et l’exploitation.

Le Code pénal béninois (Loi n°2018-16) sanctionne sévèrement le proxénétisme. L’article 563 stipule : « Est puni d’un emprisonnement de 2 à 5 ans et d’une amende de 500 000 à 2 000 000 FCFA, quiconque aide, assiste ou tire profit de la prostitution d’autrui. ». Il est mentionné à l’article 564 de ce code : « Les peines sont portées à 5 à 10 ans et 2 000 000 à 5 000 000 FCFA lorsque les faits sont commis en bande organisée ou sur un mineur ». Selon le loi, (Article 566) : « Lorsque les faits sont commis dans le cadre d’un réseau transnational, les peines atteignent 10 ans d’emprisonnement et 10 000 000 FCFA d’amende ». Pour la traite des personnes, les articles 571 à 574 prévoient des peines allant de 10 à 20 ans de prison et des amendes jusqu’à 50 000 000 FCFA en cas de réseau organisé.

Anicet AKOHOUVI