Tentative du coup d’état au Bénin : Retour sur la chronologie des faits
À Cotonou, les autorités affirment désormais que la situation est « maîtrisée » après la tentative de coup d’État menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Si plusieurs mutins ont été arrêtés, d’autres sont parvenus à s’enfuir et les opérations de ratissage se poursuivent encore. Retour sur ces heures durant lesquelles le pays a retenu son souffle.
L’attaque des hauts gradés
Tout commence avant l’aube. Des hommes armés prennent pour cible les domiciles de plusieurs hauts responsables militaires, probablement pour neutraliser toute réaction de la hiérarchie.
À Abomey-Calavi, la résidence du général Bertin Bada est violemment attaquée vers 3 heures du matin. Sa fille est blessée et son épouse succombe à ses blessures. Le général, proche du président Talon et récemment promu général de corps aérien, échappe de peu aux assaillants.
Le général Abou Issa, chef d’état-major de l’armée de terre, est à son tour enlevé après l’assaut de sa résidence. En fin de journée, lui et un autre officier supérieur sont toujours détenus par les mutins.
Assaut contre la présidence et prise de la télévision nationale
Un peu plus tard, un commando tente d’attaquer la résidence du président à Cotonou. Les affrontements avec la Garde républicaine sont intenses, mais les mutins échouent à pénétrer le palais.
Ils se rabattent alors sur la SRTB, la télévision nationale, qu’ils prennent d’assaut et contraignent les techniciens à diffuser en boucle un message enregistré.
À 9 h 30, le lieutenant-colonel Pascal Tigri annonce, au nom d’un « Comité militaire pour la refondation », la destitution du président Talon, la suspension de la Constitution et la prise du pouvoir par l’armée.
Moins de vingt minutes plus tard, les autorités coupent le signal et les forces loyalistes reprennent le contrôle du bâtiment.
Le retour au calme relatif
Aux alentours de 11 h 45, la SRTB reprend l’antenne. Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seïdou, assure que la situation est « sous contrôle ». Pourtant, des échanges de tirs sont encore signalés dans plusieurs quartiers de Cotonou, notamment près de la Garde nationale et dans le nord de la ville, où des mutins tentent de s’échapper.
Treize personnes sont interpellées, mais les principaux meneurs restent introuvables. Le ministre de la Défense, Fortunet Nouatin, promet que les opérations de recherche se poursuivent.
Cette riposte rapide est menée par les forces loyalistes, notamment la Garde républicaine dirigée par le colonel Djimon Dieudonné Tévoédjrè, sous la coordination du chef d’état-major, le général Fructueux Gbaguidi, alors en déplacement à Paris.
Le président Talon, déclaré « en sécurité », ne s’exprime pas publiquement dans l’immédiat.
Une tentative inédite depuis 1972
Il s’agit de la première tentative de prise de pouvoir par la force depuis le coup d’État de Mathieu Kérékou en 1972. De nombreux pays, dont la France, suivent de près la situation. Des éléments des Forces spéciales françaises sont brièvement mis en alerte à Cotonou.
Une influence extérieure ?
Le discours du lieutenant-colonel Tigri reprend plusieurs arguments revendiqués dans les récents coups d’État au Mali, au Niger et au Burkina Faso : dénonciation des arrestations politiques, contestation de la hiérarchie militaire et critiques de la gouvernance.
Des activistes proches de l’Alliance des États du Sahel réagissent rapidement, certains félicitant publiquement la tentative de putsch. Kemi Seba, notamment, se réjouit ouvertement de ce qu’il présente comme la chute du « clan » présidentiel.
Un supérieur ayant travaillé avec Tigri exprime sa surprise : « C’est un homme discret et calme. S’il est vraiment à la manœuvre, c’est qu’on l’a influencé », estime-t-il.
Ancien commandant du 3ᵉ Bataillon interarmes puis chef des forces spéciales, Tigri était récemment engagé dans les opérations contre les groupes jihadistes dans le nord du pays.




